photo illustration clinique

Dans ma tribune du 17 Mai de l’année dernière intitulée
« Déconfinés … et après« ,
j’avais proposé de sanctuariser les 2 portes de la Réunion : le port et l’aéroport.

Près de 9 mois après la fin du confinement, nous sommes entrés dans une ère de couvre-feu à l’échelle départementale, voire d’un second confinement si la situation se dégrade encore un peu plus.

9 mois après :
→ Qu’avons nous retenu ?
→ Qu’avons nous fait par anticipation ?

1.  Nous payons aujourd’hui, l’arrivée massive de voyageurs (de touristes voyant en la Réunion une soupape dans l’enfer de leur quotidien) en provenance notamment de zones à risque (Mayotte, Hexagone). Dont seulement un tiers se serait fait dépister à j+7.

2. Nous avons tout misé sur un vaccin [miracle], pour lequel :

  • la France a pris un retard considérable dans son plan de vaccination comparée à ses voisins, notamment par manque de doses
  • son efficacité resterait encore à prouver sur le variant sud-africain.

3. Nous avions 9 mois pour équiper Mayotte et accroître à la Réunion notre capacité d’accueil en réanimation.
Ce qui aurait diminué les évacuations sanitaires (EVASAN) en provenance de « l’île aux parfums », permettant ainsi aux hôpitaux réunionnais d’être moins « sous tension » et au « bord de la saturation ».

Ce manque d’anticipation, pour ne pas dire de clairvoyance, contraint aujourd’hui les autorités à envisager des EVASAN de Réunionnais vers l’hexagone sous conditions

  • principalement les cas graves
  • nécessité d’attendre à minima 10 patients avant décollage pour 10h d’avion avec les risques de complication en vol.

Malgré le comportement exemplaire, solidaire des Réunionnais, le dévouement sans faille du personnel soignant, l’effort des acteurs économiques pour adapter leurs locaux aux règles imposées…
9 mois après, la situation a dérapé.

Nous n’avons jamais été aussi proche d’une crise sanitaire sans précédent.

Nous risquons de payer au  prix fort ce manque d’anticipation.

Contrairement à l’année dernière (masques artisanaux, centres covid), la solution n’est plus uniquement locale pour parer à l’urgence.

Avec le virus variant, beaucoup plus transmissible et désormais installé, les Réunionnais devront plus que jamais respecter les gestes barrières.

Dans ce contexte, c’est surtout au pouvoir sanitaire central, aujourd’hui, de prendre, en urgence, ses responsabilités envers les Réunionnais et envers nos voisins Mahorais.

Force est de constater que le modèle centralisé montre encore une fois ses limites.

L’EVASAN vers l’hexagone doit-elle être la solution prioritaire ?

Ne doit-on pas au contraire trouver des solutions ici et maintenant ?

J’ai écrit ce jour à la directrice de l’ARS pour lui demander la création de micro-salles de réanimation à l’échelle des bassins de vie où nous disposons de locaux, d’hôpital et/ou de clinique privée, susceptibles d’accueillir ce genre de structure. C’est notamment le cas à Saint-Joseph.

Nous devons alors renforcer le partenariat actuel entre les établissements de santé du secteur public et du secteur privé pour augmenter la disponibilité des lits de réanimation.

Certes, la création d’une unité de réanimation nécessite selon des spécialistes des moyens techniques (60 à 70m², traitement de l’air, matériels, etc) mais surtout humains (une infirmière/infirmier pour deux patients en H24, médecins anesthésistes en réanimation).

Doit-on cependant se poser des limites quand il en va de la Santé des Réunionnais ?

Doit-on accepter qu’une évacuation sanitaire dépende de 9 autres cas potentiels pour que l’avion puisse décoller ? Et retarder par effet domino l’admission d’autres patients en salle de réanimation ?

Doit-on être fataliste et acquiescer qu’un réunionnais puisse ne pas survivre à une évacuation sanitaire au cours d’un vol à risque ?

À l’évidence NON !

Nous nous devons d’agir et envisager toutes les possibilités.

Il y a 9 mois, les Réunionnais ont su faire preuve de solidarité.

Encore une fois, je suis convaincu que nous devons aussi trouver les solutions par nous-mêmes et pour nous-mêmes.

Aujourd’hui nous manquons de lits de réanimation comme nous manquions de masques l’année dernière.

La Réunion a su faire jouer pleinement la solidarité régionale. Le temps n’est-il pas venu pour l’État d’assumer ses responsabilités régaliennes : combien de lits de réanimation et pour quand ?

Car dans le moment critique que nous vivons, la question est surtout de savoir si l’État Français doit être solidaire avec les Réunionnais ?

18 Commentaires

  1. EVASAN vers l’hexagone !? N’importe quoi ! On marche sur la tête ! Tout à fait d’accord avec vous Mr Lebreton, des locaux vides existent à la Réunion, pourquoi ne pas s’en servir ! Espérons que tous les acteurs des différentes classes politiques de la Réunion vous soutiendront pour refuser cette idée saugrenue de rapatrier des malades covid vers l’hexagone !

  2. Merci Monsieur le maire de formuler publiquement ce que tout le monde pense tout bas.
    L’ARS, anxiogène comme à son habitude, ne sait que nous donner le nombre de cas positifs, ce qui ne veut absolument rien dire, Il nous faut connaître le nombre de MALADES (du covid, et pas de la grippe), le nombre d’HOSPITALISES (dont les REANIMATIONS (que du covid) et le nombre de DECES, après nous sommes encore suffisamment intelligents pour calculer un pourcentage. Rappelons-nous Mayotte l’année dernière : alerte, département rouge etc etc …
    Et puis plus rien, les bateaux sont repartis. Tout cela est fatiguant et il faut « raison garder ».
    Cordialement.

  3. Mr le Maire vous avez mis les mots sur ma pensée !
    Comment un pays qui se dit pays développé peut manquer de masques? Comment peut’il manquer de doses de vaccins? Comment peut t’il manquer de lits? De personnels soignants?
    Est ce que cette crise, cet aveu de faiblesse ne pointe t’elle pas du doigt un pays qui ne parai ètre qu’en façade un pays developpé mais qui est au final un pays en cours de désintégration ?
    En plus du seul hôpital que compte l’ile,Il existe sur Mayotte un hôpital neuf mais vide…. en 9 mois la responsable locale de l’ARS n’a pas pu faire le nécessaire pour l’équiper? Aujourd’hui et c’est bien triste, nos frères et sœurs mahorais prennent 90% des lits de réa disponible sur notre île.
    Le plus triste mais en même temps le plus énervant, c’est d’entendre le préfet ou sa fameuse Chef de cabinet pointée du doigté le reunionnais en le stigmatisant,le rendant coupable de la situation actuelle pendant que 200 000 touristes ont été autorisés à entrer chez nous depuis décembre….
    Assé pran à nou pou d’mangue a ter siouplé!

  4. Ôté ben mounoir, ma enfin trouve un ka dit sak mi pense.
    Attention je ne juge pas, c’est normal la solidarité entre territoire, mais pas à l’aveugle comme on voit en ce moment.
    Il est arrivé ce moment fatidique où l’on se doit de prendre les bonnes décisions, de vrais initiavives.
    Ne pourrait-on pas adapter la gestion de la crise locale par des initiatives locales, mais rien ne pourra être fait sans des moyens concrets de l’état. Je suis ravie de voir qu’un representant pourra au moins faire entendrd ce point de vue.
    Merci Mr Lebreton.

  5. Hélas, il ne manque pas que des lits de réanimation, de vaccins, de personnel médical, etc. Sé lo respé ek lestim pou bann Rénioné i mank bann désidèr soidizan republikin ! 9 mois pour enfanter …une situation aussi déplorable ! Le B.A.B.A. n’a pas été appliqué au moment opportun : fermeture étanche de l’île en mars 2020. Sur une île, l’opération est relativement simple. Mais la « pensée de l’OMC » règne en maître sur le globe : les énarques nous l’ont rappelé…à nos dépens ! Le nouveau diktat : laisser les « citoyens du monde » et les richesses circuler. Les decideurs disent avoir voulu protéger l’économie : alé marshé don ! Alé pouss kanar dan la pante bel ér !
    Afors fé tout pou fé nir touris, zot i ashèv nout populasyon Rénioné !
    Lo pir, zot i arkomans…
    Si bèzman i pèt, trouv pa bizar😉
    À partir de quel şeuil les élus locaux pensent-ils devoir taper du poing sur la table de l’Etat ? Alala in zafèr i mank anou bonpé isi : lo kouraj politik! Le vrai, celui que l’on mobilise contre tous ceux qui agissent contre les intérêts superieurs de notre population. La fini lo tan i kourb…
    Autour de vous, il ne manque « que » 23 maires sur 24 pour…rappeler les fondamentaux et le bon sens !👍

    • Bonjour Nathalie. C’est effectivement la question centrale : l’augmentation de notre capacité d’accueil en réanimation. Nous avons des locaux disponibles Capable d’accueillir ce type de structure.
      La solution doit être en priorité locale.

  6. Bravo monsieur le Maire vous avez dit tout haut, ce que je pense tout bas, mais vous l’avez dit en mieux de manière structuré, un article claire et qui réveille les consciences !
    C’est Urgent ne nous laissons pas mourir, prenons chacun nos responsabilités là où nous sommes ! avec les moyens dont nous nous disposons (c’est à dire trois fois rien ! – un petit peu de gel par çi, un masque de guerre en tissus ou en papier par là !)

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